Une couleur liée au chromosome X
Chez le chat domestique, la couleur orange est liée au chromosome X. C’est ce qui explique qu’elle soit beaucoup plus fréquente chez les mâles : un mâle ne possède qu’un seul chromosome X et il suffit que celui-ci porte l’allèle Orange pour que le pelage exprime cette couleur. Chez les femelles, qui possèdent deux chromosomes X, la situation est plus complexe et peut produire les célèbres robes écaille de tortue ou calico. [S1]
La mutation responsable a enfin été identifiée
Une étude publiée en 2025 a montré que la mutation Orange correspond à une délétion de 5 kilobases. Cette modification entraîne une expression ectopique et spécifique aux mélanocytes du gène Arhgap36, les cellules qui fabriquent les pigments du poil. Les chercheurs ont ainsi résolu un ancien mystère de la génétique féline. [S1]
Pourquoi le poil devient-il roux ?
Dans les mélanocytes orange, l’expression d’Arhgap36 réduit le niveau de la sous-unité catalytique de la protéine kinase A (PKA). La voie habituelle contrôlée par le récepteur Mc1r et le cAMP reste active en amont, mais l’expression de plusieurs gènes impliqués dans la pigmentation est réduite en aval. Le résultat est une production de pigments donnant au poil sa teinte rouge ou jaune caractéristique. [S1]
Pourquoi les femelles sont-elles souvent écaille de tortue ?
Chez une femelle possédant à la fois un allèle Orange et un allèle non Orange, chaque cellule inactive au hasard l’un de ses deux chromosomes X. Certaines zones du pelage expriment donc l’allèle Orange tandis que d’autres expriment l’autre chromosome X. Cette mosaïque cellulaire produit les taches caractéristiques des robes écaille de tortue et calico. [S1]
Aoshima, une île où l’orange est particulièrement fréquent
La population féline d’Aoshima, au Japon, offre un exemple spectaculaire. Une étude génétique y a mesuré une fréquence de l’allèle Orange de 0,580, l’une des plus élevées de la région. La population, établie au milieu du siècle dernier à partir d’un petit groupe de chats introduits pour contrôler les rongeurs, est décrite comme presque monomorphe, avec une forte présence d’individus rouges et écaille de tortue. [S2]
L’histoire d’une population laisse une trace dans son pelage
À Aoshima, la fréquence de l’allèle Orange est significativement différente de celle observée dans des populations japonaises voisines, tandis que la fréquence de l’allèle a du locus Agouti est environ deux fois plus faible. Les auteurs relient cette structure particulière à un effet fondateur : lorsqu’une population commence avec peu d’individus, leurs caractéristiques génétiques peuvent devenir très fréquentes au fil des générations. [S2]
La couleur orange raconte donc deux histoires à la fois : celle d’un mécanisme génétique lié au chromosome X et celle des populations de chats qui ont évolué avec les humains. [S1] [S2]
Sources
S1 — Molecular and genetic characterization of sex-linked orange coat color in the domestic cat.
S2 — Genetic profile of domestic cat (Felis catus L.) population of Aoshima Island (Japan).


